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Le
documentaire vidéo original se compose d'images
d'archives et d'interviews. Le texte ci-dessous
reprend les interviews des Corrs et de
John Hughes (+ quelques passages avec David
Foster) faites à l'occasion de la réalisation
de ce grand documentaire. La lecture de ce texte
permet de replonger dans l'histoire des Corrs
depuis leurs débuts. |
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En vert, la voix off du commentateur du
documentaire, pour mieux comprendre les propos
des Corrs. |
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Introduction |
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Dublin, 2005. Le début d'un nouveau chapitre de
l'histoire des Corrs. Voilà 15 ans que ce groupe
familial irlandais a attiré l'attention du monde
musical. Des millions de fans apprécient cette
fusion de musique traditionnelle et de pop. Les
Corrs retrouvent des salles de répétitions
qu'ils connaissent bien. Une mini tournée est
prévue, avec des chansons de leur prochain
album, "Home". Ils passeront à Bonn, à
Monté Carlo, au festival de jazz de Montreux, et
au concert du G8. Mais cela ne les impressionne
plus, mais ça n'a pas toujours été le cas.
Andrea : Au
début c'était fou. Tout s'est passé de façon un
peu dingue. On était emballés, mais on avait le
trac. On faisait une montagne de tout
Caroline :
On ne se doutait pas de ce qui nous attendait.
On s'amusait bien.
Sharon : Je
m'en souviens vaguement.
Jim :
Rétrospectivement, on se prenait très au
sérieux. |
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Acte
1 : La famille Corr |
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Sharon : On
a passé notre enfance dans une maison pleine de
musiciens. Papa et maman partaient en concerts
deux soirs par semaine.
Caroline :
On disait qu'ils étaient allés chanter. Ça se
passait le week-end. Maman se faisait une mise
en plis, elle se maquillait. Ils faisaient ça
tous les week-ends, en plus du travail à temps
complet de mon père. Ça représentait du boulot,
mais ils adoraient ça : C'était leur vie.
Sharon : Ils
chantaient tout ce qui était dans les charts à
l'époque : Les Carpenters, les Eagles, Police, "Every
breath you take", Brotherwood of man, tout ça,
Stevie Wonder.
Andrea : Ils
nous ont élevés dans l'amour de la musique. Le
chant était mon hobby. Je chantais sans arrêt.
Même le matin avant l'école et le soir en
rentrant. Je chantais sur la musique que
j'écoutais. Alors oui, je voulais être
chanteuse.
Caroline :
On a tous étudié la musique à la maison. Notre
père nous a appris le piano. Ça a commencé comme
ça.
Sharon :
J'ai commencé le violon classique à six ans. Il
y avait un prof fantastique à Dundalk, un
prêtre, le Père McNally. Ses élèves jouent
aujourd'hui partout dans de grands orchestres.
Caroline :
Papa et maman nous ont donné une enfance
heureuse. Je m'en souviens. J'ai un peu les
mêmes souvenirs qu'Andrea. On a été élevées
ensemble. Jim avait d'autres occupations. Sharon
était là, mais elle avait trois ans de plus et
elle vivait des trucs un peu différents. Je me
revois juste en train de piquer des biscuits et
de manger de la glace, de m'amuser. C'était
bien.
A
la fin des années 80, Caroline et Andrea sont
encore au Dun Lughaidh Convent, mais Jim et
Sharon gagnent déjà leur vie. Le soir, Sharon
travaille au Mac Manus's, le bar de leur tante,
un célèbre bar musical local. Jim joue aussi
avec d'autres groupes, et Sharon travaille toute
la journée.
Sharon :
J'ai dirigée un magasin de disques pendant un an
et demi. J'adorais ça, à cause de toute la
musique à laquelle j'avais accès dans le
magasin. J'adorais aussi avoir de la musique
indépendante et des trucs différents à proposer
aux clients, car à l'époque, on ne trouvait à
Dundalk que de la musique grand public. Il y
avait plein de trucs différents, et ça
m'intéressait.
Caroline :
Et le soir, je travaillais au bar. C'était
génial. On s'éclatait et on travaillait dans le
pub de notre tante. Lycéenne, je travaillais au
pub le week-end et on a continué après le lycée.
Les gens nous demandaient "Tu vas en fac?",
"Quels sont tes projets?". "Il faut qu'on monte
un groupe". Les gens n'en revenaient pas. Plus
âgée, plus expérimenté, Jim avait joué dans un
tas de groupes. Ils connaissaient mieux les
accords, savait construire une chanson. Il avait
aussi l'esprit bien plus technique, plus axé sur
le studio. Andrea faisait plutôt les mélodies et
les paroles. On était tous encore assez jeunes.
Andrea avait 16 ans. Quand on a commencé, on
était encore au lycée, on apprenait. On a appris
tous ensemble.
Jim : Je
composais un peu au piano. Je ne m'y suis
vraiment mis que quand j'ai eu mon premier
magnéto, un petit Tascam PortaStudio. Là, j'ai
vraiment commencé à composer. Pouvoir
enregistrer plusieurs pistes sur une bande, pour
moi c'était le paradis.
Caroline : Jim
a récupéré tout le matériel du studio. Il avait
loué une maison à Dundalk tout près de la maison
familiale. Il y avait des boites sur les murs
pour l'insonorisation. C'était juste une pièce,
une pièce dans une maison. Une vraie glacière.
On y passait tout notre temps. Les gens se
demandaient ce qu'on faisait. Il a récupéré un
tas de matériel. Un petit studio 8 pistes, tout
le nécessaire. Il avait quelques synthés et ce
genre de trucs. On composait de la musique, puis
on essayait de l'enregistrer.
Ils s'efforcent de perfectionner leur jeu et les
chansons qu'ils écrivent mais ne voient pas
encore plus loin que le studio de fortune de
Jim. En 1990, Alan Parker auditionne des groupes
locaux pour "The Commitments". C'est le
catalyseur, les Corrs deviennent un groupe. Alan
Parker lui-même dirige les entretiens dans les
cuisines du Waterfront, une célèbre salle de
concert de Dublin.
Sharon :
J'étais terrifiée. Un peu comme un cerf pris
dans des phares. Terrifiée. Jim aussi. Caroline
aussi. Andrea, 15 ans, jouait les stars. Elle
était...
Caroline :
Dans "The Commitments", on avait des rôles
minuscules. Moi en tout cas. Tout juste si je me
retrouve dans le film. Andrea avait un rôle plus
important. Le groupe s'est trouvé. C'est en ça
que le film a compté. On a rencontré John, notre
manager.
John Hughes :
J'ai composé la musique de "The Commitments" au
titre de superviseur ou coordinateur de la
musique. Ros Hubbard m'avait demandé de... Non.
Jim : John
avait formé un groupe, Minor detail, avec son
frère Willie. Ils se sont séparés et John a
formé un autre groupe, "The Hughes version".
John Hughes :
Jim venait de rejoindre mon groupe. C'est tout
dire!
Jim :
J'aimais sa musique, et j'ai commencé à produire
avec lui et à enregistrer sa musique, puisque
j'avais un petit studio. John et moi sommes
devenus amis avant qu'il ne deviennent notre
manager. Il ne l'est devenu que quand on a
auditionné pour le film.
John Hughes :
Ros Hubbard, l'agent de casting, une vieille
amie, distribuait les rôles. Ils ont auditionné.
Tout le monde a joué sur scène. Puis Parker,
fidèle à lui-même, a voulu qu'ils fassent une
lecture. On est tous allés dans les cuisines. Et
là, Ros Hubbard, la directrice du casting m'a
dit : "Tu es leur manager".
Caroline :
On a décidé entre nous que John serait notre
manager et qu'il s'occuperait du groupe. Tout
naturellement.
John Hughes :
Je n'y pensais absolument pas. Je n'ai jamais
décidé de devenir leur manager.
Caroline :
Ça a sûrement été un moment capital. A l'époque,
on a trouvé ça normal, on a suivi notre
instinct.
John Hughes :
Ils n'avaient aucune idée de ce qui les
attendait, moi si. J'étais passé par là, ou pas
loin. Je ne vais pas rabâcher les difficultés.
On s'amuse, mais ce n'est pas une vie facile. Le
savaient-ils? Demandez-leur. Ils mentiront :
"Oui, on le savait". Personne ne sait. On ignore
si le succès sera au rendez-vous. C'est tout le
paradoxe. On ne peut pas savoir. Si on savait,
on n'aurait plus ni courage ni désir. Selon
qu'on irait à l'échec ou au succès, on
arrêterait ou on se la coulerait douce. Mais là,
ignorant si ça marcherait ou pas, on a foncé.
Andrea : Le
compositeur de "Riverdance", Bill Whelan, un ami
de John a produit nos démos.
Sharon : Au
départ, les Corrs n'avaient pas de violon. Sans
doute parce qu'on y avait pas pensé. On se
disait... C'était l'époque de la pop et tout
était très technique. La technologie était
partout. On n'utilisait plus beaucoup
d'instruments acoustiques. Sauf la guitare. Tout
n'était que claviers et batteries. Je ne sais
pas qui l'a suggéré, peut-être John Hughes,
notre manager, il a dit "Sharon joue du violon
non?" "Oui". "Pourquoi tu ne t'es sers pas?". Et
c'est ce qui a donné ce parfum traditionnel
irlandais à notre musique. Et c'est sans doute
ce qui nous a distingués de tous les autres
groupes de l'époque.
En
1992, ils retrouvent le Waterfront. Cette fois,
la salle accueille leur premier concert en
public. Il y a foule, la famille et les amis
sont venus soutenir le groupe, mort de trac.
Caroline : Je
me rappelle très bien le concert du Waterfront.
On était tous terrifiés. C'était notre premier
concert. A l'époque je jouais du clavier. Puis
j'ai appris la batterie avec un ami. Mon petit
ami jouait de la batterie. Je jouais avec lui et
j'ai appris quelques trucs. Jim a dit : "ce serait
super dans le groupe. On devrait le faire". Je
me suis retrouvée à la batterie et j'ai adorée
ça. On avait beaucoup à apprendre , sur
nous-même et sur la scène.
Les Corrs trouvent vite leur son. Ils donnent leur
premier concert professionnel au Whelan Bar, à
Dublin. Ce soir là, l'invitée VIP Jean Kennedy
Smith est dans le public. C'est l'ambassadrice
américaine en Irlande, et la soeur de John F.
Kennedy. Elle est si impressionnée qu'elle
invite le groupe à jouer à Boston et à New York.
C'est la chance de leur vie.
Caroline : On a
ensuite décidé d'aller à Los Angeles et à New
York démarcher les maisons de disques pour
tenter de décrocher un contrat. Quelques-unes
ont été intéressées, mais sans plus. Le dernier
jour à New York, on a rencontré Jason Flom à
Atlantic Records. Il a adoré notre musique.
Jim : Il a
voulu essayer de nous faire rencontrer David
Foster, dont le nom ne nous était pas très
familier à l'époque. On nous a dit qu'il
travaillait avec Michael Jackson à la Hit Factory et qu'il était très difficile de le voir
pour des raisons de sécurité. Jason a essayé
d'organiser un rendez-vous, en vain. En fait,
avec John, notre manager, on a décidé de se
pointer comme ça à la Hit Factory pendant la
session. Notre charme irlandais nous a ouvert
les portes de la Hit Factory. On s'était mis sur
notre trente et un pour faire impression ,
et on est entrés. On a attendu David, assis dans
le hall. Il est sorti.
David Foster :
Par hasard, j'ai traversé le hall. Le groupe
avait pris sur lui de venir à la Hit Factory et
d'attendre le temps qu'il faudrait, espérant que
je sortirais. Ce que j'ai fait. J'ai vu ces
trois soeurs magnifiques et leur superbe frère.
Ils avaient apporté leurs instruments. "Salut,
c'est nous". "Ah oui, les Corrs. Oui, on m'a
téléphoné". Physiquement, ils étaient
fascinants. Je leur ai dit : "Venez jouer pour
moi en haut". Ils ont joué de la musique
acoustique. D'abord, ils ont passé une cassette.
Fantastique. Ils m'ont dit : "On veut jouer pour
vous". Ils avaient le violon. Sharon au violon,
Andrea à la flûte irlandaise, Caroline au
tambourin. Je n'en avais jamais vu. Et Jim au
piano et à la guitare. Et ils m'ont épaté.
Caroline : On a
joué "Forgiven, not forgotten". C'est ce qui l'a
le plus impressionné. On était assis autour du
piano, moi au tambourin, Andrea à la flûte
irlandaise, Sharon au violon et Jim au piano, et
on a joué pour lui. On a fait les harmonies, et
il a adoré ça. Je crois que c'est son truc. Les
voix et les harmonies. Il est doué pour ça, et
il a adoré. En tout cas, on était dans la place.
David Foster :
J'ai été conquis, complètement. On reconnaît
tout de suite le vrai talent. Ils font vraiment
honneur à leurs parents, Jean et Gerry. Ils ont
du talent à revendre. Ce sont aussi des êtres
humains de qualité. Avec ces deux atouts, pour
moi, c'était gagné. Aucun doute, Ce même jour,
j'ai décidé de les prendre sous contrat.
Le
groupe rentre à Dublin. John et David passent
des mois en négociations. Finalement, fin 1994,
les Corrs signent sous le label personnel de
Foster, 143, une filiale d'Atlantic. En janvier
1995, les Corrs quittent l'Irlande pour la
Californie, pour enregistrer leur premier album.
Jean et Gerry ne reverront pas leurs enfants
avant plusieurs mois, un avant goût de ce qui
les attend. La vie de famille ne sera plus
jamais la même.
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Acte
2 : Enregistrement de "Forgiven not forgotten" |
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Jim : "Forgiven,
not forgotten" a été notre premier album en
studio. On avait écrit ces chansons sur une
période de cinq ans. Pendant les huit mois de
l'enregistrement, on a habité Malibu, à Los
Angeles. Pour nous c'était quelque chose de
nouveau.
"Forgiven, not forgotten" sort en
octobre 1995. "Forgiven, not forgotten"
enregistré, les Corrs découvrent le processus de
promotion: un épuisante tournée d'apparitions
aux Etats-Unis et ailleurs, parfois dans trois
villes le même jour. Ils se rendent dans la
plupart des états et dans des salles européennes
et australiennes. Le groupe commence sa tournée
mondiale en Irlande, où son public grandit.
Andrea : La
première tournée en Irlande a mis nos nerfs à
rude épreuve. On avait un trac fou de la scène.
Pour moi, le plus dur a été d'aller à Dublin. En
rentrant, j'ai respiré : "Dieu merci, c'est fait.
Demain, repos". C'était la ville dans toute son
horreur. Maintenant, on a tellement voyagé que,
quand je pense à la peur que j'avais d'aller à
Dublin et à la joie du retour à Dundalk... A
partir de là, on n'a plus cessé de travailler.
Allant partout, jamais chez nous. John m'avait
dit que le moment viendrait où on serait
toujours en tournée et j'avais... Cette idée me
faisait horreur. Mais ça s'est bien passé.
J'étais juste timorée.
Les
salles grandissent et le groupe s'étoffe. Ils
engagent Anto Drennan à la guitare et Keith
Duffy à la
basse.
Andrea : Keith
et Anto sont avec nous depuis le début. On forme
une équipe. Sur le plan personnel, on
s'entendait bien. On passait beaucoup de temps
ensemble.
Caroline : A ce
stade, Keith et Anto nous suivent partout. Ils
font partie de la famille, à tous les sens du
terme.
Andrea : Ils
ont débarqué au studio et se sont mis à jouer
avec nous. Genre : "Alors, quoi? On joue ou pas?"
Jim était réticent. J'ignore s'il l'a dit mais
il hésitait à engager d'autres membres dans le
groupe. Il fallait qu'on s'étoffe, ils se sont
donc mis à travailler avec nous.
La
tournée "Forgiven, not forgotten" en Irlande les
ramène à Dundalk.
Caroline :
Retourner jouer à Dundalk était génial. Tout ça
était encore nouveau pour nous.
La
tournée irlandaise s'achève au National Stadium
de Dublin.
Caroline : En
sortant de scène j'avais les mains... C'était ma
première tournée. J'avais les mains en lambeaux.
On a tous fait des erreurs. On était à la fois
terrorisés et heureux.
Puis
ça a été l'Australie, le Danemark, le Japon et
le Canada.
Jim :
L'Australie est le premier pays où on s'est
vraiment implantés. La tournée a été incroyable.
Des réactions fantastiques.
La
tournée n'a pas arrêté depuis un an, mais ils
leur reste un concert important, le 31 décembre
1996, au Point, à Dublin.
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Acte
3 : Le deuxième album |
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John Hughes :
Comme toujours il y a eu le "syndrome du
deuxième album". La plupart du temps, les gens
ne tiennent pas le coup. On passe une vie à
écrire son premier disque. Pour le deuxième, on
a un an, et ça ne marche pas.
Andrea : Cet
album devait être une somme. On a composé
chanson sur chanson, pour essayer d'écrire le
tube. Le truc insaisissable habituel, fou, celui
qui fait dire aux maisons de disques: "Et ce
tube?"
John Hughes :
Maisons de disques, artistes, managers, tous ont
des désirs différents. Je voulais probablement
la même chose que le groupe. Pas la maison de
disques, mais c'est une relation saine.
Ils
retournent enregistrer l'album "Talk on corners"
en Californie, pour renouveler leur réussite
avec David Foster. Cet album naît dans les
conflits, tant au sein du groupe qu'entre le
groupe et la maison de disques. Atlantic n'est
pas convaincu que les chansons tests contiennent
le fameux tube.
John Hughes :
"Talk on corners" était prêt. Le label ne le
trouvait pas fini. On était retournés y
travailler. On a dit "Ça suffit. On le sait. On
ne fera pas mieux".
Jim : La maison
de disques ne voulait pas mettre "So young" sur
l'album. Il a fallu se battre. Et ça a été un
tube dans plusieurs pays. Ils n'étaient pas
fanas de "What can I do", qui a aussi été un
tube dans plusieurs pays. Il faut parfois se
défendre pied à pied, comme on l'a fait pour ces
deux chansons, heureusement.
John Hughes :
Le disque est entré dans les charts britanniques
à la 7ème place. Il a raisonnablement marché. Il
n'a pas fait un tabac, mais pas un flop non
plus. Noël est passé. Le disque disparaissait,
il avait vécu sa vie.
Jim : On avait
moins de succès au Royaume-Uni et en Europe. Ça
marchait très fort en Australie et dans quelques
autres pays, et en Irlande, mais le Royaume-Uni
n'étais pas acquis.
John Hughes :
Les émissions TV anglaises importantes
nous refusaient, Top of the pops, ce genre de
trucs. Ayant voyagé, je savais que le jour de la
Saint Patrick dans le monde entier, les gens
regardaient tout ce qui était irlandais. Il n'y
avait pas plus irlandais que nous, alors
pourquoi ne pas donner un concert pour la Saint
Patrick et proposer à la BBC de le diffuser?
J'en ai parlé à notre agent, John Giddings. Il a
dit : "J'ai retenu l'Albert Hall". Je m'attendais
à un petit club. Effrayant, mais génial. Je suis
allé voir à la BBC qui avec son intelligence
habituelle, a répondu : "d'accord, on va le
diffuser". Cette diffusion a été notre chance. Terry Wogan nous a présentés. Un live depuis
l'Albert Hall. Ça a tout changé.
Jim : Il s'est
passé un ou deux trucs. On devait participer à
un album hommage à Fleetwood Mac. On a choisi la
chanson "Dreams". On était des fans des Rumours.
On a demandé au batteur, Mick Fleetwood, s'il
voulait jouer avec nous.
Caroline : On
n'avait répété qu'au sound check. Tout ce dont
je me souviens, c'est que j'étais terrorisée. Je
n'avais jamais fait ça. Il fallait aussi être
synchros, c'est difficile pour des batteurs qui
n'ont jamais joué ensemble. Ce soir là, ça a
marché. C'était fantastique. La mayonnaise a
pris.
Sharon :
C'était notre premier grand concert à Londres.
Très éprouvant et très, très excitant.
Andrea : Pour
dépasser le trac, je me concentre profondément
sur les chansons, sur chaque parole, sur la
personne dont il est question, pour essayer
d'oublier le trac. De ne pas me laisser dominer
par lui.
Sharon : Les
gens ont pu nous voir sur scène. A mon avis,
c'est ce qui nous représente le mieux dans notre
globalité. Quand on écoute une chanson à "Top of the pops", on ne voit qu'un tout petit aspect.
En live, on voit l'ensemble, et toutes les
musiques qui nous intéressent.
Andrea : Je me
rappelle surtout qu'on était tous très
enthousiastes et que c'était génial. J'ai du
m'isoler un moment, car je ne savais pas du tout
si ça avait marché. Je me revois après, assise
dans les coulisses de l'Albert Hall pendant que
ça passait en live à la télé, pensant : "ça va,
en fait, ça va".
Sharon :
L'Albert Hall nous a ouvert des portes. A partir
de là, l'album n'a cessé de progresser.
Jim : Ce dont
on rêvait depuis des années se concrétisait.
Andrea : Après
l'anonymat, tout d'un coup, on était très
remarqués.
Caroline : On
représentait la nouveauté. Notre musique était
nouvelle. Ce mélange de folk irlandais, de pop,
de rock. Les gens ont vraiment commencé à nous
voir.
John Hughes :
Entré dans les charts à la 7ème place, le disque
était descendu à la 53è. La semaine qui a suivi
l'émission, il est devenu numéro 13, puis a
atteint le top ten. Il y est resté un an et a
été dix fois numéro un. On a ensuite enchaîné
quatre singles dans le top ten.
Andrea : Après
l'Albert Hall, c'est devenu la folie. On était
sans arrêt en tournée. C'est comme ça. Quand ça
décolle il faut foncer, récolter les bénéfices.
Surtout quand on a travaillé pour ça et qu'on
l'a voulu.
Le
succès du concert entraîne la ressortie de "Talk
on corners", avec un remix de "Dreams" par le DJ
Todd Terry.
Sharon :
C'était excellent. Ça a éveillé l'intérêt et
retenu l'attention du public par le coté
différent et pourtant reconnaissable.
Caroline : Au
début, la chanson "Dreams" était bien différente
de ce qu'elle est devenue. Todd Terry en a fait
un mix fantastique. A l'époque, on l'a tous vu
comme un super single. On n'était pas habitués à
entendre notre musique passer. A la radio, de
temps en temps, mais jamais autant. Elle passait
en boucle sur Radio 1.
Andrea :
Beaucoup de gens ont écouté. Tout le monde a
acheté le disque.
Sharon : Le
public a vraiment aimé "Talk on corners". Poussé
par la curiosité, il a acheté le premier album,
"Forgiven, not forgotten". On était aux
Etats-Unis, en tournée de promotion. C'est dans
un hôtel de Détroit qu'on a appris qu'on était
numéro un et numéro deux avec Forgiven, not
forgotten". C'était incroyable, mais bizarre.
Les gens imaginent qu'on se sent transporté,
mais on faisait de la promo aux Etats-Unis. Ça
ne marchait pas si bien que ça, et on ne
ressentait pas l'euphorie qu'on aurait dû
ressentir.
Andrea :
C'était l'époque ou tout le monde retenait sa
respiration quand on entrait quelque part. On
était habitués à entendre: "C'est qui?". C'était
notre grande époque.
Jim : C'est
merveilleux de voir tout marcher aussi bien.
Mais franchement, on n'en demandait pas tant.
John Hughes :
Il y avait "Dreams", "What can I do", "So young"
et "Runaway" sur ce disque. "Runaway" aurait pu
être numéro un. C'était justifié, mais il y
avait la jeune fille bouclée de L.A qui chantait
en faisant des bonds vêtue d'un short de
gym. Le premier disque de Britney Spears, tout
frais pressé, nous a balayés. Ce disque a eu
quatre tubes au top ten. Seules les ventes de
disques déterminent l'album numéro un de
l'année. Le nombre de disques vendus.
Andrea : On
vendait beaucoup de disques. Tout le monde avait
cet album, oui. On enchaînait les succès. Cet
album a été dur à faire, mais je l'adore. Il est
génial mais il a fallu se battre, comme tous les
groupes pour chaque album. Finalement, il est
vraiment bon.
John Hughes :
En 98, "Talk on corners" a été le disque le plus
vendu au Royaume-Uni.
Caroline :
Avoir un album en haut de cette liste est
fantastique.
Sharon : A l'heure du
succès en Irlande et en Australie, on était pas
là. On était à Détroit ou ailleurs, à dédicacer
des disques devant quelques pelés et vivre des
trucs à la "Spinal Tap" dans d'obscurs endroits
du monde. Pendant ce temps, dans un autre pays,
on nous adorait.
Jim : Pas plus
tôt retombée l'euphorie du succès, on s'est dit :
"Comment faire mieux?"
John Hughes :
Lansdowne Road était le plus grand stade où on
pouvait jouer en Irlande. Denis Desmond, qui
était avec nous depuis le début, nous a dit :
"Vous êtes prêts pour Lansdowne Road". On a
décidé de le faire. J'ai réalisé à quel point
c'était sérieux à un feu rouge sur Donnybrook.
Un bus est sorti du dépôt, puis un autre. Et un
troisième. Ils portaient tous l'affiche "Les
Corrs à Lansdowne Road". Il n'y avait pas
d'échappatoire. C'était sur les bus.
Andrea :
J'habite ce quartier. J'entend les concerts et
l'enthousiasme des spectateurs. Je sens l'odeur
des hot-dogs. J'y ai déjà assisté à des
concerts. Et là, c'était notre tour. Incroyable.
Sharon : Je me
souviens. REM y était passé la veille. Je les
entendais jouer et mon trac ne cessait
d'augmenter en les écoutant. Parce que c'était
REM, et nous, on était les Corrs, et c'était...
C'était très excitant, un peu intimidant.
Caroline : On
se disait : "Est-on prêts? Chez nous avec tous
nos fans irlandais". Dans ces situations-là, on
veut juste donner le meilleur concert possible.
Jim : Assis au
bord de la scène, j'ai regardé le public
arriver. Pour nous tous, le trac montait.
Sharon : Avoir
vendu quelque 40 ou 45.000 billets était
intimidant. On se disait : "Mon Dieu, c'est le
succès. On ne peut pas faire mieux".
Andrea : On
avait l'impression d'être des gladiateurs jetés
aux lions. J'ai vu les images où John me tient,
me pousse en avant. "Comment peux-tu faire ça?"
Mais les lions ont été très accueillants.
John Hughes :
On atteint là l'essence des Corrs. Ils sont
sacrément bons. Vraiment bons.
Sharon : Le
jour du concert, le rideau s'est ouvert et j'ai
vu la masse du public. C'était effrayant. A
couper le souffle. J'avais presque trop le trac
pour apprécier le concert. J'avais l'impression
d'être dans une cabine téléphonique. Isolée.
Presque comme si je n'étais pas au concert, et
pourtant je jouais. C'était juste le trac qui me
jouait des tours. Ça ne m'arrive pas souvent,
mais là, si.
Jim : Le
soutien de la foule était palpable.
Andrea : Il y
avait une ambiance fantastique dans le public.
C'était une des occasions ou en jouant, on
atteint un état... c'est extraordinaire, et
extrêmement rare. Ce sentiment, tout d'un
coup... on a l'impression de jouer chez soi,
devant ceux qu'on aime, et qu'on ne peut pas se
tromper. Même dans ce cas, ils continueraient à
vous aimer. Un gamin qui joue pour ses parents,
si vous voyez ce que je veux dire. A Lansdowne
Road, c'était ça. C'était bon.
Sharon :
C'était incroyable, écrasant.
Caroline : Une
chouette fin de chapitre. Rentrer chez nous,
jouer en Irlande, et que le public nous renvoie
ce qu'on avait atteint au fil des ans. Génial.
Les Corrs sont le deuxième groupe irlandais à jouer
dans un stade irlandais. Le premier était U2.
Par contraste avec l'immensité de Lansdowne
Road, l'album suivant, "Unplugged", est très
intime.
Andrea : "MTV Unplugged" est un de mes albums préférés. Ses
chansons sont vraies, ainsi que leur musicalité,
et l'émotion. Lorsqu'il y a un orchestre, ce
sont des mini-drames. J'adore cet album.
Jim :
Enregistrer "MTV Unplugged" a été fantastique.
Jouer ces chansons sans l'aide de la technique,
de façon très brute, juste avec un orchestre,
est passionnant.
Andrea :
C'était très spécial, ce petit public intime, et
le fait d'être filmés.
Caroline : On
est en live complet, l'audio est en live. C'est
difficile à réussir. On a fait quelques erreurs,
et on a recommencé. On fait au mieux. Ça ne peut
pas être parfait, mais on veut que ce soit le
mieux possible et on a eu du mal.
Andrea : On a
joué quelques chansons qu'on adore, qu'on tenait
à jouer. "Everybody hurts" de REM. Et "Old town".
J'adore cette chanson. La chanson de Phil Lynott,
que je trouve très musicale et réjouissante,
mais aussi déchirante. Tout ce qu'on aime dans
les plus belles chansons. Fiachra Trench, qui
l'a orchestrée, a fait... Il avait inventé ça
dans l'originale. |
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Acte
4 : In blue |
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Jean Corr tombe gravement malade pendant
l'enregistrement de "In blue".
Caroline : Il est
devenu évident que maman était très malade
pendant l'enregistrement de "In blue", notre
troisième disque. On était en studio à l'époque,
et on n'a pas bien compris à quel point c'était
grave.
Sharon : On a
cru qu'elle était entrée au Freeman Hospital de
Newcastle pour des examens, puis, en une
semaine, maman est morte.
Jim : On a eu
du mal à gérer ça et à le comprendre.
Andrea : J'ai
la chance d'avoir la foi, de croire qu'elle est
mieux là où elle est.
Sharon : Maman
était notre plus grande fan. Elle voulait qu'on
reste toujours ensemble à faire de la musique.
Pour elle, on ne pouvait pas arrêter.
Andrea : Oui,
je crois qu'elle vit à travers notre musique.
Jim : Maman
aurait voulu qu'on continue, on a continué.
Jim : On nous
avait suggéré de co-écrire et de travailler avec
d'autres pour essayer de réaliser le tube de
notre carrière, parce qu'on n'avait toujours pas
eu de single numéro un.
Andrea : On a
commencé "In blue" à Dublin. On a fait des démos
qu'on a produites jusqu'à un certain point.
Longtemps, on n'a pas eu de producteur. C'est
pour ça que les meilleurs albums ont
généralement un producteur génial. C'est très
dur d'être objectif quand il s'agit de soi.
Andrea : On a
fini par engager Mitchell Froom. Il avait
travailler sur "MTV Unplugged" et on adorait ce
qu'il faisait. Il est très musical et spontané.
Genre : "J'adore" à la première prise des voix.
Je suis souvent plus concentrée la première fois
que je chante un truc. C'est souvent là qu'on
est le plus juste. Vraiment dedans.
Jim : On a fait
trois chansons, dont "Breathless", avec Mutt
Lange.
Caroline :
C'est un type étonnant. "Breathless" était
super. On savait tous que ce serait fort. Mais
le climat du monde de la musique entre aussi en
jeu. Et le son de l'époque. On peut sortir un
truc excellent et faire un flop. On se demande
ce qui s'est passé. "Breathless" a fait beaucoup
pour nous.
Andrea :
Soudain, on l'entendait partout à la radio. Je
me souviens être allée à Londres faire un
maximum d'émissions radio pour tenter de nous
assurer un numéro un, le premier.
Sharon : On
jouait au Party in the park, c'était le jour des
charts. C'était dimanche, et on savait qu'il y
avait une possibilité, mais on n'était pas sûrs.
On est montés sur scène et on a joué devant une
vraie foule puis, tout de suite après, on a
découvert qu'on était numéro un. C'était le
premier single numéro un au Royaume-Uni.
Andrea :
C'était donc un retour très réussi, et on a bien
fêté ça.
Sharon :
C'était la matérialisation de deux ans de rêves.
Un vrai conte de fées. Personne n'écrirait un
tel scénario, où tant de choses se réalisent,
parce qu'il ne serait pas plausible.
Jim : "Breathless"
a été numéro un dans 18 pays. Gigantesque,
fantastique. Cette collaboration a été
fructueuse.
John Hughes :
"In blue" est sorti pendant l'été 2000 dans des
circonstances d'une grande tristesse. Ils
avaient survécu, ils l'avaient sorti. Il a été
numéro un dans presque 20 pays.
En
2001, ils enregistrent un dvd de leur concert au
Wembley Arena. Les Corrs sont devenus adultes.
Les Corrs sont à présent vraiment connus et
découvrent que la célébrité les oblige à obéir à
un tas de gens.
Andrea : On a
plutôt eu de la chance avec les paparazzis et
les journaux. Je déteste que nos albums et nos
concerts aient de mauvaises critiques, cela
m'atteint. J'ai envie de les tuer quand ils
disent du mal d'un truc sur lequel on a tant
travaillé, d'un truc aussi honnête. Mais pour
les trucs genre : "Le nouveau petit ami
d'Andrea, ils sont très proches..." alors que je
ne l'ai jamais vu. Ce genre de truc est idiot,
sans importance. Les mensonges qu'ils écrivent
me préservent car ils les confondent parfois
avec la vérité.
John Hughes :
Rien n'effraie plus les managers que les petits
amis. Sauf les maris!
Sharon : Si
j'avais attendu pour me marier, on ne se serait
jamais mariés. On n'aurait pas eu le temps, les Corrs ont toujours un truc à faire.
John Hughes :
"Tu peux encore attendre un an?" Elle a dit :
"D'accord, mais pas plus". "Parfait". Puis je
lui ai demandé : "Tu peux attendre encore un
an?".
Sharon : J'ai
dit à John : "Je me marie en juillet et j'ai
besoin d'au moins un mois pour me préparer".
J'ai du avoir une semaine et demie maximum, et
on s'est mariés.
Andrea :
C'était très traditionnel et classique. C'était
un très beau mariage.
Sharon : On
s'est bien amusés. Ça a été une journée magique.
Andrea : Sur
toutes les photos, je pleure. Toute la journée,
j'ai pleuré. Sur toutes les photos, on me voit
en arrière-plan ou ailleurs je pleure. Mais
c'était très beau.
Caroline : Je
savais que Sharon et Gavin se marieraient, mais
je ne savais pas quand.
Jim : On se
dit : "La première est partie". "Que va devenir
le groupe?". On ne peut pas s'empêcher d'y
penser.
Sharon : La
maison de disques se demandait si c'était fini
puisque Sharon s'était mariée. J'ai compris
qu'ils ne se doutaient pas à quel point j'aime
ça.
John Hughes :
Sharon avait ouvert une porte à la
contamination, et les autres ont pensé...
Caroline : Il a
fait sa demande.
John Hughes :
Un manager est sans défense. Il doit rester
aimable. "Je suis ravi pour vous deux".
Caroline : On a
décidé de se marier rapidement. On ne voulait
pas de longues fiançailles. On se connaissait
depuis longtemps, on s'est donc mariés trois
mois plus tard.
Andrea : Je les
aurais mariés même sans leur accord. Ils sont
parfaits.
Jim : On avait
tant voyagé et travaillé qu'on avait tous besoin
d'un moment à nous.
Jim
réalise un vieux rêve: il apprend à piloter un
hélicoptère.
Andrea : Un
soir je passais un bon moment avec Caroline. On
avait bu quelques verres. A un moment, je
doutais un peu de vouloir être actrice, me
disant que, comme nos parents nous avaient vus
devenir un groupe, je verrais peut-être mes
enfants jouer. Caroline m'a dit : "Taratata,
c'est honteux. Il faut que tu le fasses". J'ai
dit : "D'accord, tu as raison". Le lendemain,
malgré la gueule de bois, j'ai dit à Johnny :
"C'est un truc que je dois faire. J'ai besoin de
temps pour ça". Par l'intermédiaire des Hubbard,
un scénario, "The boys and girl from County
Clare", m'a été proposé. Il m'a plu. Je voulais
le faire, j'ai donc auditionné, quelques jours
après, j'ai appris que c'était bon.
Caroline : J'ai
été surprise de me retrouver enceinte, mais très
heureuse. Bien sûr, on pense au groupe, à la
répercussion que ça aura, au programme de
travail. Il y a donc eu quelques inquiétudes.
John Hughes :
Elle était enceinte. Comme je l'ai dit, les
managers ont peur des maris, mais les enfants
les rendent vraiment paranos!
Caroline : On
avait tous besoin de temps. Andrea tournait un
film, Jim apprenait à piloter un hélicoptère; On
avait tous besoin d'espace et de temps. C'était
important pour nous.
John Hughes :
C'est ainsi qu'a commencé "The new Corrs". |
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Acte
5 : The new Corrs |
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John Hughes :
Quatre ans sans sortir de disque. Dans le monde
de la pop, ça suffit pour que le public pense
que c'est fini. Ils ont gagné de l'argent, se
sont mariés, ont eu des enfants. Ils vont sans
doute profiter de la vie.
Jim :
L'écriture et l'enregistrement de "Borrowed
heaven" se sont étalés sur un an, ou plus.
Andrea : Cette
pause, le fait de faire d'autres trucs dont on
avait envie a ranimé l'amour de la musique, et
je me suis retrouvée tout naturellement au
piano. Sans me sentir pressée par le temps ou
les obligations, juste pour le plaisir. On
écrivait une chanson, on était enthousiastes et
on appelait Johnny : "Réserve le studio".
John Hughes :
En juin 2003, on a commencé "Borrowed heaven".
Ils ont passé un an en allées et venues au
studio pour le mettre au point.
Jim : (en
parlant de "Angel") C'est Andrea qui a écrit les
paroles de cette chanson. Elle parle de notre
mère. Andrea tentait ainsi de donner un sens à
son décès. On a travaillé pour la première fois
avec le producteur Ollé Romo. Ça a été très
positif. On a enregistré en partie à Dublin et
en partie à Los Angeles.
John Hughes :
Ça peut être Oolé, Olla, Olé, et ça nous rend
tous dingues.
Andrea : Olla,
Oola. Un peu comme "pomme" en irlandais. Ollé.
Ollé Romo. Je ne suis pas sûr que ce soit ça. Le
tournage de la vidéo de "Summer sunshine" a été
sympa. Il y avait longtemps. On a travaillé avec
Kevin Godley, c'était super. Il est plus sombre.
Pour "Summer sunshine", beaucoup de traitements
étaient... Souvent, il n'y avait qu'un vide.
Caroline : En
fait, c'est super. C'est intéressant par rapport
à d'autres vidéos. Au delà de la musique, il y a
des scènes d'action.
Andrea : Kevin
a un coté sombre. Il a compris le sens, tout en
restant optimiste.
John Hughes :
On nous a demandé de participer à la cérémonie
des Meteor Awards. Ça a été perçu un peu comme
un come-back. Avaient-ils le trac? Absolument. "Borrowed
heaven" est sorti en mai 2004.
Jim : A la
sortie de "Borrowed heaven", l'industrie du
disque était en plein bouleversement. On ne se
rendait pas compte à quel point, au niveau
mondial, en ce qui concernait notre maison de
disques.
Andrea : On
était toujours en relation avec les directeurs,
mais aussi toux ceux qui nous vendaient aux
magasins et à la radio.
Jim : Ça a été
comme une décapitation. Tout d'un coup, tous les
directeurs qu'on connaissait et appréciait, avec
qui on avait de bons rapports commerciaux, ont
disparu.
Andrea : En
sortant un album, on se demandait si les
nouveaux voudraient en faire la promo.
John Hughes :
Mais il a été tout de suite numéro deux.
Pourquoi pas numéro un? On avait plus de chances
de commencer à la 50ème place. Dans le monde de
la pop, être absent du marché pendant quatre ans
et revenir à la deuxième place, c'est presque un
miracle.
John
Hughes prépare la tournée "Borrowed heaven",
prévue au second semestre 2004, quand Caroline
annonce qu'elle a ses propres projets.
Caroline : John
a été la dernière personne que j'ai appelée.
John Hughes :
"On a prévu une tournée mondiale, on fait un
concert, et tu es enceinte. Très bien".
Caroline : J'ai
été très heureuse d'attendre mon deuxième
enfant, mais un peu inquiète. On avait tellement
de travail. On avait une tournée de promo et une
tournée de concerts en Europe. Plus l'Amérique.
On parlait aussi du Japon et de l'Australie.
Oui, ça m'inquiétait un peu.
John Hughes :
On avait toujours envisagé de changer la
formation. Jason Duffy, le frère de Keith, notre
bassiste, nous a rejoints. Puis Kieran Kiely,
qui joue de l'accordéon et des claviers, a
amplifié notre son. Puis Caroline s'est
retrouvée enceinte. Jason est devenu batteur et
elle est passée aux percussions. Ça fonctionnait
bien pour elle, elle pouvait jouer du piano,
chanter, puis retourner aux percussions.
Pour
la tournée "Borrowed heaven", ils répètent aux
Studios Bray avec la sono et l'éclairage
complets.
Andrea :
L'apport des musiciens supplémentaires a été
très positif. Ça chauffe sur scène. C'est très
puissant, tout en restant dynamique et spontané.
Le jeu de Jason à la batterie nous pousse en
avant. Il y a un effet domino qui se transmet de
l'un à l'autre. Sur scène, c'est super. C'était
formidable de reprendre la route, mais aussi un
peu effrayant, car les tournées sont très
exigeantes. On se dit: "Je vais encore cesser de
vivre".
Jim : On a
entamé une tournée européenne, surtout des
festivals d'été.
Andrea :
Caroline nous a beaucoup manqué pendant la
tournée en Amérique. C'était bizarre, très
étrange, surtout le salut final, car à trois
c'est...
Jim : Après, on
a fait un break, et on est rentrés en Europe
pour une tournée plus complète.
Le
dernier concert à lieu à Ischgl, minuscule
station de ski autrichienne, où la tradition
veut que des groupes célèbrent fassent
l'ouverture de la saison.
Andrea : Est-ce
une tournée d'adieu? Peut-être. Je n'en sais
rien.
Jim : Les
meilleures choses ont une fin, et c'est
peut-être le moment d'arrêter. |
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Acte
6 : Le chemin du retour |
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Andrea : Caroline
nous a suggéré de faire un album traditionnel de
vieilles chansons irlandaises.
Caroline :
Enfants, on ne jouait pas ce style de musique.
On s'y est mis en grandissant, puis on l'a
intégrée à notre musique.
Jim : On a
appelé l'album "Home" car pour nous, c'est comme
un retour à la maison. A nos racines en termes
de musique. Cet album est un recueil des
chansons sur lesquelles nous avons grandi. Nos
parents les chantaient quand on était petits.
Sharon : Ce
sont des chansons irlandaises, sauf deux qui
n'en sont pas vraiment.
Jim : Le défi
était de leur imprimer notre marque. Certaines
sont peu connues, mais la plupart le sont.
Caroline : Je
suis très enthousiaste. Que ce disque marche ou
pas. Je le trouve très beau. On s'est régalés à
le faire.
Jim : Toutes
les chansons ont été enregistrées en live, à six
dans une pièce. On a choisi la meilleure prise,
en ajoutant des overdubs si nécessaire. Puis on
a ajouté l'orchestre de concert de la BBC en
live par-dessus. C'est donc aussi près du live
que possible.
Sharon : J'aime
ce qu'on ce fait en ce moment et le stade qu'on
a atteint. Le succès est très réconfortant. Tout
le travail qu'on a accompli aussi. "Lagan love"
est une chanson vraiment spéciale, parce que
c'est le Lagan, et que c'est Belfast. C'est
l'Irlande du nord, et le morceau a quelque chose
de... Le rythme cadencé de la batterie parvient
à rendre un peu l'idée du conflit en Irlande du
nord, et l'espoir de le dépasser et de trouver
la paix.
Andrea : Je
suis contente de l'ensemble de l'album. J'adore
"Lagan love". C'est une chanson étonnante. "Heart
like a wheel" est très spéciale. J'adore "Black
is the colour" à cause de sa noirceur. Désolée,
je citerais tout l'album! J'aime cet album.
Andrea : On
était incroyables. Cette naïveté avec ce qui
nous attendait. Et cette intensité. Je nous vois
comme une famille complètement barge.
Caroline :
Quand on fait partie d'un groupe familial, on
est toujours perçu comme sympa. C'est
inévitable. Il nous arrive de piquer d'énormes
colères. Au fil des ans, on a eu des disputes
horribles.
Sharon : On est
tout simplement un groupe de musiciens, mais
cette histoire de famille ajoute un aspect
légèrement écoeurant! D'un coté, c'est vraiment
ringard. Mais franchement, je m'en fiche
complètement.
Andrea : Quand les
gens viennent nous voir en concert, ce n'est pas
pour dire: "Qu'est-ce qu'ils sont beaux!",
mais:"C'était un super concert, avec de bons
musiciens", et c'est ce qu'on voulait.
Sharon : Si tu ne
connaissais pas notre musique, tu ne saurais pas
qu'on est de la même famille, alors qu'importe ?
On compose et on enregistre de la musique, et on
parcourt le monde.
Caroline : On
est très fidèles les uns envers les autres. Ça
ne disparaîtra jamais. On est du même sang,
c'est comme ça.
Sharon : Mais
dans un monde qui... Dans la musique, il faut
être branché. Et on traverse ça sans l'être
vraiment ce que je trouve positif. Mieux vaut ne
pas être à la mode, on court le risque de se
démoder.
Caroline : Je
suis fière de ce qu'on a fait. On aurait pu
faire autre chose et échouer misérablement.
J'espère qu'à l'avenir on continuera à faire la
même chose avec le même plaisir.
John Hughes :
Je recommencerais, absolument. Physiquement, je
ne pourrais pas, mais moralement, je serais là.
Jim : Je ne
changerais rien, mais je crois que, si on avait
réalisé la quantité de travail nécessaire, et
tout le travail qu'il faudrait faire pour
atteindre le succès, on y aurait peut-être
réfléchi à deux fois. Mais je ne changerais
rien. Ça a été fantastique, vraiment.
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